Vers l’Emploi et la Réinsertion par le Travail

Le handicap psychique

La personne atteinte de maladie psychique présente des troubles de la relation aux autres mais aussi de sa relation à elle-même. Cela se traduit notamment par une altération de perception de la réalité, induisant des comportements, des expressions, des attitudes de vie souvent génératrices de souffrances.

Le handicap psychique est la conséquence d’une maladie psychique (schizophrénies, troubles bipolaires, dépression grave, états limites…). Il se caractérise par des troubles du comportement et de la relation, la maladie est évolutive et peut être plus ou moins bien stabilisée. L’humeur, la sensibilité, les émotions, les comportements et les affects sont perturbés et instables dans le temps. Les personnes affectées par des troubles psychiques subissent un handicap[1] plus ou moins accentué, invalidant fortement la personne dans son environnement social et professionnel.

Caractéristiques de la population accueillie

Notre établissement accueille 71 personnes reconnues handicapées psychiques et orientées par la commission des droits et de l’autonomie de la personne handicapée (CDAPH). Chacun reconnaît en l’ESAT une réelle opportunité d’insertion sociale et professionnelle où le travail adapté constitue un moyen de construire un parcours personnel et professionnel pour celui qui n’a jamais eu d’expérience de travail mais aussi un moyen d’échapper à la pression de l’entreprise pour celui qui a connu le milieu ordinaire de travail.

La quasi-totalité des personnes développent plusieurs types de troubles générés par la maladie. L’âge moyen est de 38 ans. Les moins de 25 ans ne représentent que 4 % des ouvriers. L’ESAT « CATVERT » accueille majoritairement des hommes à hauteur de 80 %.

La spécificité de notre prise en charge

Les besoins et les attentes des ouvriers d’ESAT « usagers de l’établissement » :

Les besoins d’un individu quel qu’il soit, sont identifiés (cf. Théorie de Maslow). La satisfaction de ces besoins se fait dans l’ordre hiérarchique posé : besoins physiologiques, sécurité, appartenance, estime de soi, reconnaissance et épanouissement personnel. Mais pour parvenir à « l’épanouissement personnel », les étapes à franchir se révèlent délicates lorsqu’il s’agit d’une population souffrant de handicap psychique. Les attentes de l’ouvrier au sein de notre établissement sont soumises à la satisfaction des besoins élémentaires (physiologiques, sécurité au travail). À ces besoins se surajoutent des attentes souvent implicites : Une reconnaissance dans le rôle au travail, le respect de l’individu, une progression des apprentissages, un retour de la confiance en soi, la recherche d’appui et d’accompagnement dans les démarches d’ordre social, une écoute dans les moments de doute ou de détresse, un relais de l’appui médical, une parole, un soutien, un cadre, des règles de conduite, une projection dans un futur plus réaliste, un sens à l’existence meurtrie…

Nous considérons la personne (ici l’ouvrier d’ESAT), dans toute sa dimension ; avec ses potentialités, ses attentes, ses limites, ses implications. Le travail constitue alors le principal support de socialisation et devient un outil complémentaire de l’accompagnement thérapeutique et médical.

Redonner du sens

« Comment, par l’intermédiaire de l’ESAT « CATVERT »
puis-je progresser dans la maîtrise de certains aspects de ma vie ? »

Nous donnons la possibilité à la personne, grâce à une mise en situation de travail, grâce à une écoute bienveillante des professionnels, et grâce à un accompagnement individualisé, de devenir un individu autonome reconnu dans sa particularité. La fragilité constitutive de l’état psychique des ouvriers que nous accueillons nous conduit à nous interroger en permanence sur la pertinence des réponses apportées.

Les problèmes posés par le manque d’hygiène par exemple, vont créer des difficultés d’intégration au groupe de travail et une certaine mise à l’écart. L’estime de soi peut être affectée engendrant à son tour une cascade d’évènements qui vont dégrader l’équilibre antérieur.

Il nous appartient de veiller quotidiennement à la satisfaction des besoins de l’ouvrier, mais aussi de ses attentes légitimes. Nous accompagnons la personne en adaptant et en modulant les réponses. La vigilance nous permet alors de réagir et de proposer la solution pertinente.

Sans cesse est remis en question le fragile équilibre ainsi trouvé

Des évènements, des situations nouvelles peuvent induire une rupture de cet équilibre et conduire l’ouvrier vers la remise en cause de ses acquis (techniques, pratiques, intellectuels…). Des phases de confusion peuvent apparaitre et perturber l’état émotionnel, affectif ou mental.

La réponse aux besoins et aux attentes :

Nous accueillons la personne sans apriori, dans le souci constant de son bien-être, avec bienveillance, laissant à cette dernière la plus grande latitude possible dans ses choix, ses orientations.

Notre travail est orienté vers la prise en charge de la personne dans une approche globale.

Dans le cadre de notre action, nous nous efforçons dans la mesure du possible, de répondre aux demandes de l’ouvrier, ce dernier peut être porteur d’un projet plus ou moins réaliste, il peut ne pas avoir de projet défini, être dans l’impossibilité de se projeter dans l’avenir.

Il revient à l’ESAT d’évaluer la pertinence des désirs : retour dans le milieu ordinaire que nous jugeons prématuré, demande de formation inadéquate au regard des acquis…

Nous proposons alors un plan d’action, une mise en œuvre dans le temps des phases d’apprentissage et de découverte du milieu professionnel (PAS).

Nous construisons avec lui un parcours qui constituera une réponse aux attentes, une alternative aux premiers désirs formulés. Cette réponse constitue une articulation judicieuse entre l’ouvrier (en tant que personne), son projet (s’il existe), les influences et contraintes de la maladie et l’ESAT.

Nous devons interpréter les faits au-delà des apparences.

Par exemple, les retards récurrents d’un ouvrier, ses absences, ses lenteurs, sa fébrilité ou son mutisme sont à replacer dans le contexte de la maladie ;

D’autres montrent à l’inverse une certaine détermination dans la volonté « d’en sortir », sont prêts à s’investir (travail, formation, initiatives…), mais le réel des situations professionnelles révèle très vite les limites de la volonté et des capacités du sujet.

Ces faits sont souvent la manifestation de stress, d’angoisses et de troubles liés à la maladie. Ils constituent une des faces apparentes du handicap.

Nous sommes donc engagés dans la mise en place d’une « éthique de l’innovation » :

« Inventer » une réponse pour chaque personne.

Notre capacité à répondre de façon individuelle à chaque problématique est engagée.

La capacité de réaction et d’adaptation qui caractérise notre établissement, doit avoir un impact positif dans la vie sociale, affective et professionnelle de l’ouvrier.

Par exemple, nous avons été conduits à des aménagements d’horaires, de planning, d’emploi du temps mais aussi dans l’emploi/fonction de l’ouvrier avec changement d’affectation d’un atelier à un autre.

Les moniteurs d’atelier repèrent les potentiels de la personne accueillie, tentent de les mettre en valeur, en apportant grâce au travail en équipe une resocialisation (à l’intérieur de l’activité de production) permettant l’accompagnement dans le « futur professionnel et social » de l’ouvrier ainsi reconnu.

La mise en place de procédures d’accompagnement (le PAS, le référent-moniteur…) constituent des repères précieux dans le travail au quotidien, le personnel encadrant peut s’appuyer sur des protocoles précis et organisés, qui permettent le suivi de la personne. Ce sont des supports indispensables aux professionnels confrontés aux fluctuations de la maladie.

C’est une véritable interactivité que nous favorisons, entre l’ouvrier accueilli et la structure elle-même représentée par tous ses intervenants (moniteurs, direction…) ainsi que par le réseau constitué. Notre action se concrétise par une prise en charge dans laquelle nous repérons les fragilités de la personne pour pouvoir adapter nos réponses :

  • Dans le cadre du travail : nous proposons à la personne accueillie un poste de travail, une intégration dans un atelier qui corresponde à ses attentes, ses capacités et qui s’intègre dans la dynamique de production de l’ESAT.
  • Dans le cadre de l’accompagnement : nous créons un lien entre la personne et son « référent moniteur d’atelier ». Le référent accompagne l’ouvrier dans son travail proprement dit, par une écoute attentive, il est disponible pour des échanges qui dépassent souvent le cadre du travail. Le référent devient l’accompagnant, une interface entre l’ouvrier et la structure ESAT CATVERT.
  • Dans le cadre du projet de la personne : ce sont tous les dispositifs mis en oeuvre par l’ESAT qui sont sollicités (PAS, personnel encadrant, chef de service et direction, activités de développement personnel…) afin de permettre à l’ouvrier de pouvoir s’exprimer, de pouvoir construire un projet viable et réaliste.

Le travail partenarial en réseau avec les différents acteurs et intervenants (médical, social, économique, familial…) est une des conditions de réussite de notre action. Nous apportons notre contribution à la mise en place effective d’un accompagnement multiforme qui visera la progression de l’intégration socioprofessionnelle grâce au réseau des partenaires sociaux et des entreprises, au réseau psychologique et médical, aux SAVS, aux travailleurs sociaux, à la famille lorsque cela est possible.

Le travail protégé est pour nous un dispositif qui permet une approche de la personne dans toute sa dimension : en dépassant l’activité purement économique (aujourd’hui incontournable) nous tentons d’appréhender la personne dans l’éventail des situations qui se manifestent et la « mosaïque de sa personnalité ».